L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Des loukoums pour noël #15

Oct
02

Il boit un thé à la menthe, accompagné d’un loukoum. La nuit, il quitte ses oripeaux de vagabond pour redevenir roi, l’espace d’une heure. L’heure où sortent les fantômes. Certains l’appellent « l’heure des sorcières. »
Assis à la terrasse d’un café, il contemple les derniers touristes qui vont se coucher en cette veille de Noël. Il sourit. Il a trouvé sa reine, comme sa grand-mère lui avait prédit. Quand leurs regards se sont croisés, il l’a su tout de suite. Ça ne peut pas être une coïncidence que son compagnon de voyage l’ait abandonné juste à ce moment-là.
Il l’imagine déjà, couvertes de voiles et d’or, comme la reine de Saba en son temps. Il voit les échanges de cadeaux traditionnels, une pomme et une plume de colombe. La prospérité et la paix. Dans son bagage, au creux d’un livre, la plume est déjà là en guise de marque-page. Il emporte toujours ce recueil de Djalâl-ad-Dîn Rûmî quand il voyage.

Dieu a caché la mer et montré l’écume
il a caché le vent et montré la poussière…
Comment la poussière pourrait-elle s’élever d’elle-même ?
Tu vois pourtant la poussière, et pas le vent.
Comment l’écume pourrait-elle sans la mer se mouvoir ?
Mais tu vois l’écume et pas la mer.

Quand les mots du poète ont fini de s’égrainer dans sa tête et qu’il sort de sa rêverie, l’heure des sorcières touche à sa fin. Alors qu’il se relève, prêt à partir, il aperçoit au loin, dans la foule, une silhouette qu’il reconnaît distinctement. Cette courbure des épaules travaillée par les siècles, ces petits pas pleins de sagesse et de modestie. Balkis !
Il se jette à sa rencontre, sans pour le moment prêter attention à la silhouette aux cheveux de feu qui l’accompagne.

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