L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Des loukoums pour noël #16

Oct
06

Lisa et Melville sont descendus au cœur de la cité. Elles ont salué les enfants et les poules avant de partir, et puis le Bosphore du haut de la colline, aussi. Lisa tient dans sa main un petit papier : l’adresse que leur a donnée Balkis quand elles se sont quittées à Budapest.

La main de Melville est nichée dans la sienne tandis qu’elle fend la foule stambouliote. Elle vole presque. Enivrée par les rires et les chants qui s’élèvent à travers les rues, elle se sent connectée au monde et à ceux qui le peuplent. Elle n’a plus peur du jugement de Balkis ou de Menelik, elle sait qu’en laissant les choses prendre soin d’elles-mêmes, tout rentrera finalement dans l’ordre, d’une manière ou d’une autre.

Elles arrivent un peu essoufflées devant la porte d’un hôtel situé sur les rives du fleuve. C’est un palace. Lisa n’a jamais séjourné dans un endroit pareil. Elle reste immobile, la bouche grande ouverte. Elle est surprise du faste déployé par la petite vieille du train et le prince mendiant, mais elle se rappelle une phrase qu’il lui a dit hier « rester authentique, ce n’est pas rester pauvre ».

Elles pénètrent dans le hall. Les tapis d’Orient sous leurs chaussures de voyageurs, le cristal du lustre au-dessus de leurs têtes. Melville s’approche du comptoir sans trop y croire, mais fake it until you make it, il donne quand même leurs noms au réceptionniste. Ce dernier consulte son registre et fronce les sourcils.

« Je peux voir vos pièces d’identité, s’il vous plaît ? »

Les deux amoureux se regardent, puis obéissent. Le stambouliote, qui doit avoir une vingtaine d’années, a l’air soucieux, puis désolé.

« – Selon les informations que j’ai, vous avez annulé hier soir.
– Hier soir ?
– Oui, par téléphone.
– En fait, nous avons été invités au mariage —
– Aaaaaah, d’accord, vous faites partie des invités !
– Oui, en fait je suis même la… non, rien, pardon. Il y a un problème par rapport au mariage ?
– Il a été reporté au 31 décembre, mais attendez, je vais vous indiquer votre chambre du coup, comme ça vous ne serez pas venus pour rien ! »

Ce garçon plein de bonne volonté, tiré à quatre épingles, plaît beaucoup à Lisa. Quand il s’agite maladroitement sur son clavier pour les satisfaire, elle lance un regard entendu à son compagnon de route, qui lui répond sans un bruit, juste en bougeant les lèvres : « évidemment ». Trop occupés à leurs messes basses, ils ne remarquent pas le visage du groom qui s’assombrit.

« – Euh… il y a un problème, finalement.
– Un problème ?
– Je suis désolé, vous… apparemment, vous n’êtes plus invités. Je n’ai aucune chambre réservée à votre nom pour le 31. C’est bien pour le mariage de Ménélik et Lilith, n’est-ce pas ? »

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