L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Lisa à Melville – première lettre

Juin
22

Melville,

Alors, c’est maintenant. Tu sais comme ça me donne le vertige. Boum boum boum, mets ta main entre mes deux seins, toutoum toutoum toutoum tu sens comme j’ai peur ?

Je sais comme tu tiens à ta liberté.
Tu sais comme je tiens à la mienne.

… alors dans quoi on s’embarque ?

Des jours en mer à supporter l’autre jusqu’à la nausée, des nuits sous une tente sans moustiquaire ni lumière pour lire, la sueur dans les sacs de couchage, l’odeur des chaussettes mal lavées, les engueulades à propos des billets perdus je sais pas où je les ai mis on s’en fout on prendra le suivant comment ça le suivant Lisa c’est une question de principe j’avais dit qu’il fallait que je m’occupe des billets et voilà et voilà quoi c’est qu’un bill-

Tu veux vraiment qu’on s’inflige ça, Melville ?
Il est encore temps de laisser tomber, tu sais. Un ami m’a dit un jour que douter de l’autre, c’est douter de soi-même… alors, est-ce que j’ai vraiment envie qu’on s’inflige ça ?

Ouais, carrément. Et plusieurs fois, même. Mille fois. Dix mille fois.

Je veux tanguer sur le pont, m’accrocher à toi de peur de passer par-dessus bord, te parler de ma peur des requins je t’ai dit que j’avais peur des requins, enduire tout ton corps de citronnelle et sentir tes pieds puants à deux centimètres de ma bouche ouverte, essayer de ne pas me tromper de gare, de ne pas me tromper d’heure, de bien réserver l’hôtel, de bien vérifier s’ils parlent au moins anglais. Et foirer. Et voir ton regard désespéré.

Mille fois. Dix mille fois.

Je t’aime.

Lisa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *