L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

L’ocre et les serments #12

Nov
27

La copine jalouse, l’amie un peu gauche. Je ne sers à rien, dans les romans mes lignes sont brèves, dans les films mes répliques sont courtes. Je suis souvent coupée au montage. Je ne suis pas menaçante. Je ne suis pas gentille pour autant. Je suis insignifiante. 

Les mariés sont arrivés à l’heure. J’ai cru mourir de les attendre, j’ai cru mourir de les voir arriver. À la fin des vœux, Lilith, splendide dans son habit de cérémonie, m’a serrée très fort contre son cœur. Débarquée la rose dans la jungle flamboyante au parfum d’ylang-ylang. 

« – Rose ! Tu es ma-gni-fique ! Je te rappelle qu’il est interdit d’être plus belle que la mariée le jour de son mariage…

– N’importe quoi. C’est toi qui es magnifique. Et tu as déjà entamé le champagne, à ce que je vois…

– Roh la la Roooooose ! T’es tellement rabat-joie ! » 

Elle éclate de rire. Elle rit de son rire terrible, et je meurs, et je renais. Elle lève les mains au ciel pour invoquer l’obscur, et elle est l’obscur. Elle est l’obscur. Sale et sublime. Les percussions de ses pieds nus contre le bois de la piste de danse, le cliquetis des bracelets autour de ses chevilles.

L’histoire dira que j’ai failli tout gâcher. Il n’y a rien de plus faux. Je suis l’ordre, et sans moi il n’y a pas de désordre. Je suis la morale, et sans moi il n’y a pas de mensonge. Je suis le revers de la médaille, le prix à payer. Et maintenant, si vous voulez bien m’excuser, cette chanson, c’est trop ma chanson !

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