L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

L’ocre et les serments #16

Déc
13

« Lisa, Lisa, tu dors ?

– Mmmmmh. Je dormais.

– Lisa, je… j’ai envie. 

– Envie de quoi ? 

– De nous Lisa. »

Une fossette qui se creuse, un froissement de draps, et Melville est déjà aux pieds de sa belle. Du bout des lèvres, il remonte ses jambes à elle. Elle pourrait jurer qu’il dit quelque chose tout en l’embrassant. Avant qu’elle ait pu poser la question, il est à ses cuisses, les crocs déjà sortis. Melville fauve dans la lumière du petit matin. Melville qui plonge son visage en elle comme le baptême païen d’une nouvelle ère. Elle est saisie, cueillie par la langue du garçon, douce, humide, rappeuse, qui glisse dans les plis et les interstices. Elle sent ses mains qui la caressent, remontent depuis ses genoux jusqu’à ses seins, s’accrochant comme le grimpeur à une falaise. Et puis, soudainement, la main droite décroche. Cliffhanger. Elle sait ce qui vient. Elle sait déjà. 

La langue de Melville vient s’écraser sur le clitoris de Lisa, encore et encore. Et déjà, la pulpe des doigts de l’amant vient frôler l’entrée de sa chatte. Il se glisse dans ses anfractuosités. Un doigt. Deux. Délicatement, comme les premiers coups de crayon timides sur une feuille blanche. Et puis, seconde après seconde, il prend de l’assurance et s’avance. Et pénètre et étire, et prends la place et glisse et caresse. Il va, il vient. Elle ondule, se contracte et se détend. Elle souffle son nom et il grogne le sien. Elle voit l’esprit au-dessus de sa tête, l’animal qui tire les ficelles. Elle connaît ses rites chamaniques. Quand il recueille « l’eau sacrée », comme il dit parfois pour plaisanter. Sa main gauche empoigne les seins de Lisa, agrippe ses tétons. Puis elle monte jusqu’à sa bouche et les doigts dansent sur les lèvres de l’amoureuse qui les humecte abondamment. 

Lisa, elle, tient la tête de Melville par les cheveux. La guide et la presse comme un coussin contre son sexe. Et puis, quand elle n’en peut plus d’attendre, elle l’attire contre elle, le faisant émerger des draps. 

Les amants s’embrassent. S’enlacent. Lisa sait déjà exactement ce qu’elle veut et Melville se retrouve rapidement sur le dos, pendant que celle qui le surplombe le prend déjà dans sa bouche. 

L’amoureux laisse échapper un bruit qui oscille entre le grognement et le soupir. Ses mains sont totalement crispées sur les draps tandis que la langue de Lisa joue avec son frein. Elle va, elle vient. Elle laisse sa main se promener là où le garçon se cambre. Elle laisse ses doigts glisser vers l’intimité de son écrivain qui s’abandonne. Elle sent les embruns qui déjà l’envahissent. Melville n’a jamais su résister bien longtemps à la langue experte de Lisa.

Il ne s’avoue pas vaincu pour autant, et quelques secondes plus tard, c’est lui qui revient à la charge. « Lisa, j’ai encore envie de toi. 

Melville, j’ai encore envie de toi aussi. »

Les deux amants se bousculent, se chahutent. Se rentrent dedans. Le sexe de Melville dans Lisa. Les doigts de Lisa dans Melville. Les doigts de Melville dans Lisa. Il y a des soupirs encore. Des gémissements, quelques jurons. Deux corps qui se tendent et se relâchent, qui se cognent l’un à l’autre dans des bruits de peau presque musicaux. La tension grimpe, les doigts se font griffes, et bientôt Lisa est prise de convulsions alors que le plaisir envahit tout son corps. 

Pendant qu’elle se recroqueville, dos à son amant, intouchable, elle l’entend. Elle entend ce qu’il marmonne depuis tout à l’heure. 

« Je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime… »

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