L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

L’ocre et les serments #18

Déc
21

Melville émerge lentement du sommeil. Doucement, la machine se met en route, et alors que l’écrivain sort doucement des limbes, sa main cherche entre ses cuisses, caresse son membre déjà dressé. Le soleil est déjà assez haut dans le ciel, il le sent aux caresses de ses rayons sur ses paupières encore fermées. 

Il glapit de contentement. Dans le silence de la chambre dans laquelle ils se sont finalement réfugiés hier soir, ou ce matin, il ne sait plus vraiment, il tâtonne de sa main libre pour rencontrer la chair de Lisa, s’y glisser, s’y fondre, s’y perdre et, à sa grande surprise, il erre dans le vide. Il ouvre un œil, puis deux. Elle n’est pas là. Déçu, il se tourne vers les toilettes. La porte est ouverte. Il est seul. Totalement seul.

Au réveil, Melville est plus fragile. Le monde du dessous, des rêves, de l’invisible, se superpose avec celui des hommes, et le chaman est poreux. Le vertige monte d’un coup. Toutes les angoisses qu’il fait taire d’ordinaire lui serrent la gorge d’un coup. Puis il rationalise, évidemment. Elle est sûrement sortie acheter un truc, déambuler dans les ruelles du marché. Elle aurait pu l’attendre.

Il ronchonne tout seul dans le lit, et puis il l’imagine juste à côté de lui, avec ses grands yeux de biche et son sourire qui disent « alors, on a peur d’être abandonné ? » La cruauté de Lisa est d’une tendresse infinie. À moins que ce ne soit l’inverse.

Il y a une lettre sur l’oreiller. Enfin, elle l’avait mis sur son oreiller à elle, mais l’objet a glissé depuis et était sous le sien à lui, d’oreiller. Le vertige a disparu, ou plutôt, le gouffre a laissé place au tourniquet. Déjà un sourire espiègle éclaire le visage du voyageur. À quoi tu joues, Lisa ?

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