L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Marin #11

Mai
12

En pleine mer d’Arabie, un îlot non répertorié affleure comme un grain de beauté. La mer est étale, le vent a cessé. Il faut attendre. Marin a jeté l’ancre et fait une sieste. Lisa écrit dans la cabine. Peut-être qu’il se passe quelque chose entre eux ? La question glisse sur Melville comme l’eau sur le plumage des cormorans. Il les observe, là, à quelques mètres. Trois magnifiques oiseaux noirs, profilés comme des ciseaux de broderie. Leur vol est aussi paisible que leurs plongeons foudroyants. Des aiguilles qui piquent la peau de l’océan d’un éclair obsidien, telles celles des tatoueurs croisés à Port-Saïd. Le voyageur s’abîme dans la contemplation des volatiles. Ses lèvres muettes chantent un poème soufi, son pied bat la mesure à mesure que les cormorans plongent. Il illustre silencieusement le balai d’une rythmique saccadée, syncopée. Petit à petit, sa tête puis ses épaules commencent à s’agiter par à-coup. Le courant des paroles est arrivé à son terme. Il ne reste plus que la mélodie qui vient se frotter à la rythmique. Melville scatte sans un bruit. Melville danse sans un pas. Et les oiseaux guident son improvisation.
Puis il se lève, retire chemise et pantalon, et plonge en direction des rochers émergés.

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