L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Marin #14

Mai
24

Lisa est immobile comme l’eau. Des vagues imperceptibles viennent troubler la surface du lac. Son âme est le théâtre d’une sourde bataille. Chaque parcelle de son être lutte contre la tentation d’exploser sa tête contre le métal qui cercle le hublot de la cabine.

Marin reste assis près d’elle aussi souvent que possible. Elle fait une crise d’angoisse environ toutes les quatre heures, c’est comme un rendez-vous morbide. La nuit, elle se réveille en hurlant, et il doit maîtriser son corps chaotique. Elle ne l’insulte jamais, mais parfois elle se débat. Alors il la tient. Avant d’être en marin, il s’est occupé de gosses dans un centre d’animation, et c’est exactement ce qu’il faisait avec ceux et celles qui piquaient des énormes colères.

Il tient le cap. Pour elle, mais pour lui aussi. Il sent que ce n’est pas le chapitre où il pourra souffler. À chaque fois que l’orage est passé, elle dit merci et, chaque soir, elle masse le corps fourbu et roué de coups du marin, comme pour le préparer aux crises à venir.

Elle n’est pas retournée sur le pont depuis l’accident. Quand Marin grimpe pour vérifier le cap, hisser ou abaisser la voile de la Reine de Saba, elle reste près du hublot à compter les rainures dans le bois. Elle parle peu, car chaque phrase est une énergie placée ailleurs qu’à sa propre survie. Elle sait qu’il va lui falloir réunir la force nécessaire pour mentir.

 

 

C’est ici que commence l’éclosion de l’Oracle.

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