L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Marin #18

Juin
09

Shirdi Al Hassan s’est réveillé en sursaut, le front perlé de sueur. La maison est endormie, tant mieux. L’imam se lève et, dans le même mouvement, file dans la bibliothèque, le tambourin contre les tempes.

Que gronde l’orage. Le bouquin est là, entre la Vie est ailleurs de Kundera et l’Aleph de Borges. Les lettres rouges capitales qui écorchent la reliure. Shirdi est fébrile, et c’est donc fébrilement qu’il feuillette son propre manuscrit. Un lecteur non averti ne verrait pas la différence, mais Shirdi connaît chaque planche par cœur. Certaines pages ont changé de couleurs, certaines cases ont changé de forme. Et puis des mots, qui en remplacent d’autres.

L’histoire, ce n’est pas grave si elle change. Mais la magie, elle, doit rester. La poésie doit rester.
Un lecteur non averti ne verrait pas la différence, mais l’imam, lui, perçoit la dissonance. L’eau trouble sur laquelle vogue le radeau de Melville et Lisa.

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