L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Marin #6

Avr
22

« des caravelles abyssines les voiles englouties
des sirènes assassines la funeste mélodie »

Lisa chantonne pour elle-même, du bout des lèvres. Au large, les côtes de l’Érythrée. Elle pense au prince fantôme et à la sorcière rousse. Elle crie à son amoureux d’un bout à l’autre du pont, à contrevent :

– Tu crois qu’ils nous ont oubliés, amour ?
– Quoi ?
– Tu crois qu’ils nous ont oubliés ?
– Qui ça ? Attends, j’arrive.
Entre les cordages, Melville tangue jusqu’à elle. Il exagère les balancements par jeu parce qu’il est joueur équilibriste, joueur vertige. Elle sait qu’il plaisante, qu’il fait gaffe. Elle a quand même peur qu’il passe par-dessus bord. Quand il est enfin assis près d’elle, elle le serre, elle renifle ses cheveux, elle murmure à son oreille :

– La danse du funambule sur le bastingage…
– Qui nous a oubliés, amour ?
– Ménélik et Lilith.
– Mais non, Lisa. Tu sais bien que c’est impossible de t’oublier.

Le silence s’installe entre eux, un court instant. Melville voudrait lui parler de Marin, mais au lieu de ça il brode sur la forme des nuages, la forme des poissons, la forme de l’eau. Lisa sourit. Il parlera quand il sera prêt.

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