L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Marin #7

Avr
26

Installé à l’avant du bateau, Melville fouille dans sa sacoche. Il ne lui reste déjà plus qu’un seul bouquin à découvrir, tous les autres sont finis. Pas grave, il les relira plus tard. La poésie, ce n’est pas comme la fiction, ça ne se périme pas.
Lisa est partie faire la sieste, Marin est à la barre. La mer est calme, ça glisse tout seul vers l’océan. Rien à faire. Rien à faire de rien avoir à faire. Melville s’abîme dans la contemplation des poissons qui suivent la coque du navire. Des éclairs métalliques sous les flots, à touche-touche avec les embruns. Le voyageur sort le bouquin du sac de toile. Il y a comme un bruissement. Le vent de la bourrasque qui se prend dans les pages, la feuille de papier jaunie qui s’envole et flotte à travers le pont, droit vers le grand large. C’est la large main de marin qui l’attrape, in extremis. Melville accourt déjà.
« Pardon Marin pour la surprise, je savais pas…
– T’inquiètes Melville. J’ai bien vu que tu t’étais fait prendre de vitesse. C’est quoi ton truc, là ?
– Je sais pas. C’était coincé entre deux pages d’un de mes bouquins, je l’avais raté jusque-là. »
Le capitaine déploie la feuille devant le moussaillon.
« Marin. Tu crois que c’est ce que je crois ?
– Ça dépend Melville. Mais si tu crois que c’est une carte, je pense que tu tombes juste.
– Et tu saurais d’où ?
– À vue de nez, je dirai la Malaisie, comme ça.
– La Malaisie, comme dans le film de Lenzi ?
– Tu connais une autre Malaisie ?
– Déconne pas Marin. Regarde, y’a des trucs marqués dessus. Tu sais ce que ça veut dire ?
– Non. Ça n’a pas l’air de vouloir dire grand-chose.
– Comme un code, tu crois ? »
Melville est surexcité. Le gamin en lui bondit partout. Il n’ose pas encore dire la formule consacrée, mais déjà, elle résonne sur les surfaces de son crâne. Il tente néanmoins de garder sa contenance.
« Tu sais quoi Marin, je vais aller me poser dans la cabine pour regarder ça de plus près si ça ne te dérange pas. »
Il est déjà à l’entrée des quartiers que le capitaine n’a pas encore eu le temps de glisser « Non non, c’est bon, vas-y. »
Seul sur le pont, le regard vers l’horizon, Marin esquisse un sourire en coin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *