L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Solstice à Paris #10

Juil
23

Lilith retrace les errances de sa nuit passée.

Les nuages irisés impriment encore sa rétine, mais les rencontres d’il y a quelques heures s’effacent comme des traces de pas dans un sable battu par les vagues.
Il y a bien eu cette femme au cœur de la nuit. C’est diffus, presque intangible. Lilith se souvient d’avoir porté les yeux au ciel. D’y avoir observé les constellations s’agiter. Le marin et la danseuse s’entrecroisaient dans le firmament. Et devant elle, une silhouette au corps couvert de mille voiles entrelacés de fils d’or lui tendait une main impérieuse.
Lilith se souvient les échanges de cadeaux. La reconnaissance. L’espoir. Les promesses. Non, pas de promesses. Les serments, peut-être.
Lilith voit les reflets jaunes dans la paume de la reine voilée. Elle sent le papyrus contre ses doigts.

« Lilith ? Lilith ? » La jeune femme redresse la tête. Devant elle, Rose, emmitouflée dans son plaid Mickey, une tasse de thé fumant à la main, la regarde intensément. « Tu penses à quoi ? Ça fait dix minutes que tu décroches pas un mot ! »
La grande rousse plonge la main dans sa poche pour en ressortir une feuille de papier froissée.
« C’est quoi ?
Rose, il faut que je te dise. La pomme, je crois que c’est moi qui l’ai prise. Je crois que je l’ai donné à quelqu’un en échange de quelque chose.
QUOI ? Mais pourquoi t’as fait ça ? Tu m’as toujours dit que la pomme, elle était sacrée, qu’il fallait la protéger à tout prix.
Rose. Calme-toi. Je t’aime, et tout va bien se passer. La pomme, je sais exactement où elle est, ou en tout cas où elle va être. »
Triomphante, Lilith tend à sa compagne le papier désormais défroissé. Sur le billet d’avion, il est inscrit que les deux jeunes femmes décolleront dans deux jours de Tegel pour atterrir quelques heures plus tard à Istanbul.

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