L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Solstice à Paris #11

Juil
27

Il n’y a personne d’autre

dans leur compartiment du Bosphore Express, en cette saison le train circule presque à vide.

Au début, elles sont restées très sages. Lisa a monté des enregistrements sur son ordinateur pendant que Melville avançait dans son roman. Et puis, le contrôleur est passé pour vérifier les billets, et enfin, alors que la nuit tombait sur les plaines balkaniques, la vieille lampe du compartiment s’est brusquement éteinte.

Tudum, tudum, tudum. C’est fou comme ce train fait le bruit d’un cœur qui bat.Melville est nu, et la lumière de la lune caresse ses épaules, son torse, son ventre. Il est debout, au milieu des couchettes, agrippé au matelas de l’une d’entre elles pour ne pas trop tanguer. À ses pieds est agenouillée Lisa. Tandis qu’elle le suce, il profite des paysages bulgares qui défilent derrière la vitre.

Le train ralentit au milieu d’une petite ville, appelée Svilengrad. C’est l’une des dernières avant d’entrer en territoire turc. Une ville comme elles en ont traversé des dizaines depuis leur départ. Parfois, le train s’arrête, et des voyageurs montent. Impossible de prévoir.

Elles attendent, immobiles, silencieuses, alors que le train ralentit. Seule la langue de Lisa s’active. Elle sent, sous ses genoux, le vrombissement du train presque à l’arrêt.

A Svilengrad, le train ne s’est pas arrêté. Lisa non plus.

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