L'art de se perdre

Fragments d'un voyage amoureux

Solstice à Paris #6

Juil
07

Il fait déjà nuit dans la chambre. Elles ne sont pas encore parties chercher à manger. Elles ont pris une douche, chacun leur tour, et puis ils ont fait l’amour presque cérémonieusement. Nu, Melville parle à Lisa.

« Elle s’appelle Balkis. Elle est encore plus vieille qu’elle en a l’air, tu sais. Dans sa jeunesse, tout le monde l’appelait “la reine de Saba”. C’était la souveraine mystérieuse de l’orient. On raconte aussi que c’était l’amante de Salomon. La sorcière et l’exégète. Elle lui a appris les secrets de la magie et les mystères des sept voiles, il lui a raconté toutes les sagesses ancestrales réunies dans sa bibliothèque.

On dit que la reine de Saba avait un jardin merveilleux, le jardin des Hespérides, dans lequel poussaient des arbres incroyables. Au milieu trônait le pommier qui aux pommes d’or, celles qui apportent la vie éternelle. Certains ont même soupçonné Salomon de ne s’être lié à Balkis que pour mettre la main dessus. Mais je crois, moi, qu’il l’aimait sincèrement. Que quand elle s’est dévoilée à lui après les cérémonies sans fin et le lourd protocole qu’une suite de diplomates ont imposés lors de la visite de la reine au roi, il a découvert sous les multiples masques et drapés qui la dissimulaient une personne bien plus humaine que sa fonction ne laissait deviner. D’une telle humanité qu’on aurait voulu l’endosser, s’y joindre, s’y fondre.

Je ne sais pas ce qu’est devenu Salomon depuis, mais en tout cas on a eu de la chance de croiser Balkis, jamais je n’aurais imaginé qu’elle prenne le train.

Tiens, au fait. » Il porte la main à sa poche. « Elle nous a laissé un cadeau. » Dans sa main, la pomme brille d’un jaune presque métallique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *